Migration

Bilan des suivis de la migration menés en 2013 en Picardie

Publié le 20 octobre 2014 par Thomas Hermant

LES SITES DU LITTORAL (80)

La migration postnuptiale au nord de la baie de Somme, à partir du banc de l’Ilette, a été l’objet d’un suivi régulier à de multiples reprises au cours des trois dernières décennies. Cependant, nous avons peu de connaissances des trajectoires des migrateurs une fois confrontés à l’obstacle de la baie de la Somme lors de leur trajet vers le sud. On imagine que l’éclatement du flux peut-être important, les oiseaux pouvant opter soit pour un contournement de la baie afin d’éviter de traverser cette vaste zone intertidale, soit la traverser directement ou en des secteurs où elle est moins large. En 2013, un suivi de migration au sud de la baie de Somme a été mis en place pour la première fois afin d’améliorer nos connaissances de la migration sur le littoral picard et de tester le suivi sur ce nouveau spot, plus facile d’accès.

Plusieurs facteurs ont contribué au choix du site pour ce nouveau suivi, réalisé à Onival (commune de Woignarue), à l’extrémité nord des falaises vives picardes, 15 kilomètres au sud de la baie de la Somme. Le V constitué d’un côté par le cordon de galets (à l’ouest) et de l’autre par la « falaise morte » (au nord-est) semblait pouvoir constituer un entonnoir pour les oiseaux ayant traversé ou contourné la baie de Somme. Le suivi a commencé fin août et s’est terminé mi-novembre avec une pression d’observation maximale en octobre. Certaines espèces ont été observées en grand nombre, notamment le Pinson des arbres et l’Étourneau sansonnet avec respectivement 102 720 et 135 703 individus, pour un total de 111 heures de suivi. Le total de 92 espèces observées confirme une diversité importante et le ratio oiseaux /heure de 2455 confirme la place d’Onival parmi les sites de suivi les plus importants du nord de la France. A noter parmi les résultats les plus intéressants le passage inattendu de grands échassiers. Le 1er octobre par exemple, un groupe inédit de 31 Grandes aigrettes est passé en mer au ras de l’eau, longeant le cordon des galets. Sur la saison, 105 Grandes aigrettes ont été notées, ainsi que 165 Hérons cendrés, 201 Spatules blanches, et même 2 Ibis falcinelles !

Même s’il est impossible de tirer des conclusions définitives au bout d’une seule saison, les résultats de ce premier suivi sont tout de même encourageants car ce site, facilement accessible, pourrait s’avérer plus facile à suivre que celui du banc de l’Ilette, nécessitant une marche aller-retour d’une heure et demi minimum. Le suivi sera reconduit en 2014 !

Alexander Hiley, avec le concours de Thierry Rigaux, pour le collectif "Banc de l’Ilette"

BRASSOIR à Morienval (60)

Un effort important a été fait cette année par le collectif de Brassoir dans l’Oise, avec une mobilisation du 23 juillet au 27 novembre, totalisant 78 jours et 362 heures de comptage, et grâce à l’implication de huit observateurs tous bénévoles. Il s’agit cette année du deuxième suivi migratoire annuel le plus important jamais réalisé en Picardie, après celui du banc de l’Ilette en baie de Somme à l’automne 2010.

Ce sont 104 espèces observées et près de deux cent quarante mille individus comptés (n=239987). La plus grosse journée de passage fut le 30 octobre avec 20599 oiseaux pour 5h50 de suivi.

Les cinq espèces les plus nombreuses représentant 88.1% du total sont par ordre d’importance : le Pigeon ramier Columba palumbus (44.5%), l’Alouette des champs Alauda arvensis (17.9%), le Pinson des arbres Fringilla coelebs (13%), le Vanneau huppé Vanellus vanellus (7.9%) et l’Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris (4.8%).

Les évènements marquants de la saison ont été :

- Un labbe à longue queue Stercorarius longicaudus juvénile le 26/10, passant à quelques mètres des observateurs la veille de la tempête Christian. C’est la première mention homologuée pour le département de l’Oise (A.Rouge, P. Malignat, H.de Lestanville) ;

- Un Faucon kobez Falco vespertinus juvénile le 3/10, première pour le site (A.Rouge, H.de Lestanville) ;

- Une pie grièche grise Lanius excubitor le 16/10, de plus en plus rare en Picardie : la dernière observation en migration à Brassoir date de 2004 ;

- Deux pluviers argentés Pluvialis squatarola ensemble le 26/10 et un Courlis corlieu Numenius phaeopus le 30/9, rares à l’intérieur des terres en Picardie.

Nous avons enregistré des effectifs plus importants que d’habitude pour certains grands échassiers comme la Grande aigrette Egretta alba, la Cigogne blanche Ciconia ciconia, la Cigogne noire Ciconia nigra, plus en relation avec l’augmentation de la pression d’observation. Nous n’avons pas perçu d’afflux de passereaux cet automne, excepté pour le Bec-croisé des sapins Loxia curvirostra (170 individus).

Ce comptage quasi exhaustif a mis également en lumière l’intérêt du site pour le passage du Faucon émerillon Falco columbarius, du Faucon pèlerin Falco peregrinus, du Milan royal Milvus milvus et du Busard des roseaux Circus aeruginosus.

Liste des observateurs : Patrick Crnkovic, Jean Paul Fagard, Francois Gauthier, Fabrice Herblot, Henry de Lestanville, Pascal et Rémi Malignat, Alain Rouge.

Henry De Lestanville

FALAISE BLOUCARD à Mont-d’Origny (02)

La falaise Bloucard et sa cassure du plateau agricole, surplombant la vallée de l’Oise, représente un site privilégié pour le suivi de la migration postnuptiale. Malgré le même problème posé que lors de la première année de comptage, à savoir un manque d’observateurs sur le secteur, celle-ci fut aussi riche en diversité qu’en bons moments.

86 espèces, 32 jours pour 87 heures de suivi et un total de 57638 oiseaux ont été comptabilisés sur le site. Par apport à 2012, la différence vient de la pression d’observation un peu plus importante en 2013 avec environs 10 jours (pour 10 heures) de plus que l’année précédente.

Le boom observé chez les pinsons en milieu du mois d’octobre l’an passé ne s’est pas renouvelé, le passage des deux espèces (Pinson des arbres et du nord) fut simplement plus étalé sur la saison. Il est à noter que le nombre de Pinsons des arbres a été presque identique à celui de 2012, alors que celui des Pinsons du nord (plus de 9000 cette année là) a totalisé moins de 1000 individus. Une remarque concernant le comportement des pinsons (seulement ?) voyageant en plein brouillard est aussi à signaler. Ceux-ci, apercevant la falaise, plongeaient vers celle-ci pour se poser quelques instants autour de l’observateur, avant de reprendre leur chemin : beau spectacle. On peut également signaler le stationnement pendant plusieurs jours de l’un des cinq Balbuzards pêcheurs en vallée, où nous pouvions le voir perché en début de matinée, avant son départ pour sa journée de pêche !

Chez les Pigeons ramiers, nous n’avons pas constaté de rush comme la saison dernière, un passage plus diffus et une altitude empruntée plus élevée ne facilitait pas notre tâche.

Autre beau moment que cette rencontre avec ces 15 Cigognes blanches venant certainement de passer la nuit quelque part dans la vallée et qui cerclaient à l’aplomb de la falaise, attrapant une thermique et grimpant si haut qu’elles en devinrent invisibles à l’œil nu…

Tout cela faisant que chaque année amène son lots de surprises, de moments uniques et d’émotions toujours renouvelées…
A bientôt sur la falaise et sur le site migraction.

Cochon Fabrice

LÀ HAUT à Ramicourt (02)

Seconde année du suivi migratoire sur le site de Ramicourt, un jardin privé au milieu des grandes cultures de Picardie.

Au cours de la migration prénuptiale de 2013 un peu plus de 8300 oiseaux sont observés entre la mi-février et la mi-mai. Pendant le suivi étalé sur 44 jours, 62 espèces furent vues en migration active avec principalement des Pigeons ramiers, Pluviers dorés, Vanneaux huppés et Étourneaux sansonnets. En 2012, seulement 3000 oiseaux avaient été recensés mais le suivi était réalisé irrégulièrement.

La migration postnuptiale est plus importante sur ce site. La pression d’observation en 2013 fut plus intense qu’en 2012 avec 98 jours de suivi, au lieu de 80 et 208 heures passées sur le site au lieu de 173 heures. Pourtant moins d’oiseaux sont observés : près de 52000 en 2013, plus de 61300 l’année précédente.

Le passage très faible de pigeons ramiers est le principal facteur de la chute des effectifs : 4500 pigeons en 2013, 23700 en 2012. L’absence sur le terrain les jours où les passages importants étaient de mise explique sans doute cette différence.
Le suivi s’est étalé de la fin juillet à la fin novembre pour 89 espèces observées.

De beaux passages pour cette migration automnale 2013 sont à noter : 23 Cigognes blanches, 106 Buses variables, 4 Faucons pélerins, 1 Chevalier guignette, 357 Alouettes lulus, 2842 Pipits farlouses, 1420 Mésanges noires, 17145 Pinsons des arbres, 479 Tarins des aulnes, 118 Becs croisés des sapins, 82 Bruants des roseaux, tout cela au-dessus d’un paysage de grandes cultures. Sans aucun doute, une goutte d’eau au milieu d’un océan migratoire.

Ce suivi a le mérite de prouver, s’il en était besoin, que les oiseaux passent un peu partout au-dessus de notre pays, mais encore faut-il être bien placé et ouvrir grands les yeux et les oreilles et de manière régulière. Une connaissance des conditions météo : vent faible ou fort, de face ou de dos, permet d’appréhender d’avance les flux migratoires et d’être présent sur le terrain les jours opportuns.

Didier Baverel

Retrouvez tous les résultats de ces suivis sur www.migraction.net


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