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Les oiseaux marins échoués sur la côte picarde : enquête 2014

Publié le 2 septembre 2014 par Sébastien Legris

Dans le cadre de la mise en œuvre du Tableau de bord des Aires Marines Protégées (AMP), l’Antenne Manche Mer du Nord de l’Agence a pour objectif de créer un « observatoire oiseaux marins » pour la sous-région marine Manche Mer du Nord. Cet observatoire doit notamment mettre en place des suivis pertinents et cohérents à l’échelle de cette sous-région marine, afin de mesurer l’état de conservation des espèces et des habitats (oiseaux indicateurs) en milieu marin à différentes échelles (local, régional, national, international). C’est dans ce contexte que Picardie Nature s’est vu confié en 2014 l’enquête portant sur les guillemots, les fulmars et les autres espèces d’oiseaux marins échoués sur les côtes picardes.

Cette enquête a notamment pour objectif d’évaluer l’impact de la pollution en hydrocarbures et en macro-déchets sur les oiseaux marins, en considérant tout particulièrement 2 espèces indicatrices, le Guillemot de Troïl (Uria aalge) et le Fulmar boréal (Fulmarus glacialis). Elle permet aussi d’apprécier le nombre d’oiseaux échoués (toutes espèces confondues), de connaître les causes de leur mort et d’être ainsi en alerte en cas de phénomènes de mortalité inhabituels.

En 2014, 5 jours de terrains ont ainsi été consacrés à la recherche d’oiseaux échoués entre le 15 janvier et le 13 mars, en privilégiant le sud de la baie de Somme de Ault-Onival à la pointe du Hourdel, secteur connu pour être favorable à l’échouage des oiseaux. Chaque jour de suivi a rassemblé 5 à 9 participants, répartis en 2 ou 3 équipes, soit l’équivalent de 36 jours/homme réalisés.

Durant chaque séance, une douzaine de kilomètres de côte a été parcourue, afin de rechercher les cadavres d’oiseaux. Lorsque cela était possible, les cadavres ont été identifiés, dénombrés et la cause de leur mort a été déterminée. Les cadavres des 2 espèces indicatrices ont été systématiquement collectés et stockés, afin de réaliser des autopsies ultérieures pour confirmer les raisons de leur mort.

Ces recherches ont ainsi permis d’identifier 86 cadavres de 16 espèces, appartenant essentiellement à 3 familles :
- les laridés (51%), principalement le Goéland argenté (Larus argentatus) et la Mouette rieuse (Larus ridibundus) ;
- les alcidés (30%), essentiellement le Guillemots de Troïl (Uria aalge) et le Pingouin torda (Alca torda), mais aussi un Macareux moine (Fratercula arctica),
- les sulidés (12%), représentés par une seule espèce sur nos côtes, le fou de bassan (Sula bassana).

Les autres espèces rencontrées (8%) sont des anatidés, la Macreuse noire (Melanitta nigra), le Tadorne de Belon (Tadorna tadorna) et le Cygne tuberculé (Cygnus olor), ainsi que 3 limicoles, le Chevalier gambette (Tringa totanus), l’Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) et l’Huitrier Pie (Haematopus ostralegus).

Les résultats permettent d’avancer un nombre moyen d’oiseaux échoués par kilomètre de côte parcouru, de 1,2 cadavres/km, soit une mortalité peu massive comparée à d’autres années comme 1999 avec 4,8 cadavres/km, ou encore 2000 et 2004, où ce chiffre avoisinait les 3 cadavres/km.

Seul 24% des cadavres ont été retrouvés frais. 4 causes de mortalités probables ont pu être avancées directement sur le terrain pour 18% des cadavres, il s’agit par ordre décroissant des tempêtes, de la pêche, du mazout et de la prédation.

Concernant les 2 espèces indicatrices, seul le Guillemots de Troïl a été rencontré avec 13 cadavres collectés et autopsiés. La mortalité de cette espèce s’élève ainsi à 0,18 cadavres/km, ce qui est plutôt faible par rapport à d’autres années, comme par exemple 1999 avec 2,3 cadavres/km. Les autopsies ont révélé 3 causes de mortalité pour cette espèce : les mauvaises conditions météorologiques, le mazout et l’absorption de produit toxique ou autre substance non identifiée. Les traces directes d’hydrocarbures observées sur le plumage ont concerné 2 oiseaux, soit 15% des cadavres découverts de Guillemot de Troïl.

Cette enquête a également montré qu’en 2014 les oiseaux marins présents au large de nos côtes ont été peu impactés par les fortes tempêtes de février, contrairement à ce qui s’est produit sur le littoral atlantique, où la situation a été sans précédent avec plus de 45000 oiseaux échoués et un taux de mortalité avancé de 15,77 cadavres/km.

Cette enquête sera poursuivie en 2015. Toute personne intéressée peut se joindre aux ramassages, en contactant Sébastien Legris :
sebastien.legris@picardie-nature.org
03 62 72 22 53

Un grand merci à l’ensemble des observateurs, bénévoles ou salariés de l’association, ayant participé à cette enquête : BARBIER Simon, FIOLET Patrick, GOBILLOT Julie, HERMANT Thomas, LEGRIS Sébastien, LEMAIRE Daniel, MERANGER François, PLATEAUX Odile, DUTOUR Lucie, ROGEZ Jean, ROGEZ Martin, CARPENTIER Jean-Baptiste, LAIGNEL Simon, MERANGER François.

Pour revoir le reportage sur ce sujet diffusé sur France 3 en février, cliquez ici (http://france3-regions.francetvinfo.fr/picardie/2014/02/27/pourquoi-certains-oiseaux-echouent-sur-les-plages-423385.html)


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