TransAgroBat : Projet Interreg France-Wallonie-Flandre

Présentation du projet Interreg TransAgroBat

Publié le 12 février 2026 par Louis Hue


Actuellement, l’agriculture dans la région transfrontalière Hauts-de-France - Wallonie - Flandre est particulièrement productive à l’échelle nationale et européenne, notamment la production végétale (prairies, fourrage, céréales et cultures industrielles de pomme de terre ou betterave) et l’élevage, ce qui génère de nombreux emplois en lien avec l’agriculture et l’agro-industrie.
Historiquement, ces régions ont aussi en commun d’avoir été le théâtre de conflits armés d’intensité variables lors des guerres mondiales, d’une forte industrialisation (charbonnage, carbochimie, métallurgie) entre deux guerres, et d’une intensification et spécialisation de l’agriculture après la seconde guerre mondiale, via la modernisation et mécanisation de l’agriculture et la concentration des exploitations.
Cette histoire et ces modifications socio-économiques communes ont profondément transformé les paysages ruraux de ces régions, entrainant une forte perte de biodiversité (directement ou indirectement via la dégradation des habitats), ainsi qu’une pollution des sols et des eaux (via les résidus de munitions, l’industrie lourde, les intrants agricoles).
Alors que le monde agricole traverse aujourd’hui une crise, les systèmes de production doivent évoluer pour tendre vers plus de durabilité et faire face aux défis de demain : lutter contre les risques climatiques et la perte de biodiversité, protéger l’eau, la santé de l’environnement et du consommateur en réduisant les pollutions et l’usage d’intrants agricoles.
En effet, les polluants environnementaux tels que les métaux lourds et pesticides représentent un enjeu pour la sécurité sanitaire des humains et de la biodiversité, et les services écosystémiques associés. En particulier, les chauves-souris européennes, qui consomment chaque nuit un grand nombre d’insectes, peuvent
rendre un service de régulation des populations de ravageurs de culture. Elles sont considérées comme d’excellents bioindicateurs de l’état de santé des écosystèmes, du fait de la forte sensibilité de leurs populations à toute modification de leur environnement, et elles sont toutes protégées en France et en Belgique. Ces espèces,
positionnées en haut des chaînes alimentaires, représentent des modèles d’étude particulièrement pertinents pour étudier les effets de polluants environnementaux, du fait de leur potentielle exposition directe à ces derniers au sein des paysages agricoles (par inhalation, abreuvement ou contact cutané), mais aussi de leur tendance à les
bioaccumuler tout au long de leur vie par ingestion de proies contaminées. Les taux de polluants accumulés par les chauves-souris peuvent varier dans le temps et dans l’espace en fonction du type de contaminant, de l’espèce, du sexe et de l’âge des individus, de la composition de leur régime alimentaire, de leur exploitation de l’espace (zones de chasse, type de gîte) et des pratiques anthropiques environnantes. Ces polluants peuvent amplifier le déclin de leurs populations en altérant la survie et la reproduction des individus (ex : effets neurotoxiques, perturbation du comportement, métabolisme, système immunitaire et hormonal).

Cependant, encore trop peu d’études se sont intéressées à la relation entre ces taux de polluants accumulés par les chauves-souris insectivores et leur régime alimentaire au sein de différents types de paysages agricoles, et aucune ne s’est intéressée à des agrosystèmes situés dans des zones géographiques ayant historiquement subi une
intensité variable d’industrialisation et de conflits armés, telles que celles visées dans ce projet. Il est également crucial de comprendre comment les changements récents survenus au sein des paysages agricoles influencent la dynamique des populations des espèces de chauves-souris anthropophiles (stabilité, déclin, croissance), notamment à travers leur exposition à des polluants d’origines variées.
Nous proposons de combler ces manques en menant une étude collaborative transfrontalière, impliquant un consortium de différents types d’acteurs implantés localement (universités, associations, conseillers agricole), et au travers d’une approche innovante combinant des méthodologies de pointe (analyses ADN, écotoxicologie, télédétection).
En utilisant les chauves-souris comme modèle biologique, nos résultats permettront plus généralement de comprendre les effets sanitaires de la bioaccumulation de polluants d’origines variées dans les chaines alimentaires, et d’identifier les facteurs favorables ou non au maintien de la biodiversité des paysages agricoles de la zone
transfrontalière. Leur partage permettra de sensibiliser le grand public et les agriculteurs à ces enjeux, de favoriser les pratiques agricoles vertueuses en lien avec les organismes d’accompagnement des agriculteurs, et de donner des recommandations en termes d’aménagement et de gestion durable des territoires.
La méthodologie développée sera adaptable et transposable à d’autres groupes taxonomiques sur d’autres zones géographiques.


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